Écarté de son poste de sélectionneur des Lions Indomptables à la veille de la CAN 2025, Marc Brys n’a pourtant jamais cessé d’être rémunéré. Bien que la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) ait acté son remplacement par David Pagou, le technicien belge est demeuré, d’un point de vue strictement juridique, le sélectionneur du Cameroun.
Quelques jours après cette décision, le président de la Fecafoot, Samuel Eto’o, avait d’ailleurs tenu à préciser qu’il n’avait « licencié personne », affirmant s’être contenté de « nommer son sélectionneur ». Une déclaration révélatrice du bras de fer institutionnel, Eto’o rappelant ainsi que Marc Brys lui avait été imposé et qu’il ne l’avait jamais officiellement reconnu.
Recruté en avril 2024 par le ministère des Sports – et non par la Fecafoot – Marc Brys avait signé un contrat de deux ans et demi avec l’État camerounais. Or, selon un cadre du ministère interrogé par Sport News Africa, « l’État n’a jamais officiellement rompu le contrat de M. Brys ». Faute de notification formelle de licenciement, le lien contractuel est donc resté pleinement valable, malgré son éviction sportive.
Cette situation juridique a entraîné des conséquences financières bien réelles. D’après une source proche du dossier, Marc Brys a perçu sa prime liée à la CAN 2025, estimée à un peu plus de 20 millions de francs CFA (environ 30 500 euros), une somme indexée sur les performances des Lions Indomptables, notamment leur qualification pour les quarts de finale.
Pagou en poste… mais sans contrat ni salaire
Plus surprenant encore, Marc Brys continuerait à percevoir son salaire mensuel. Les montants avancés varient selon les sources, oscillant entre 44 000 et 60 000 euros par mois, une enveloppe incluant la rémunération de son assistant et de son analyste vidéo. Sur le fond, le constat demeure inchangé : les paiements se poursuivent.
« Qu’on l’apprécie ou non, l’administration ne peut pas suspendre unilatéralement un contrat sans base légale », explique un haut fonctionnaire du ministère des Sports, sous couvert d’anonymat, à Sport News Africa. Une position qui rejoint les déclarations répétées de Marc Brys lui-même, affirmant n’avoir jamais reçu le moindre courrier officiel mettant fin à sa mission et se considérant toujours comme le sélectionneur du Cameroun. Un nouvel épisode pour le moins ubuesque dans ce feuilleton sans fin.
En parallèle, la situation du staff conduit par David Pagou contraste fortement. Nommé par la Fecafoot à la veille de la CAN 2025, l’entraîneur camerounais, auteur de débuts prometteurs avec les Lions Indomptables, aurait dirigé l’équipe tout au long de la compétition… sans contrat officiel et sans la moindre rémunération à ce jour.

État – Fecafoot : la facture de la discorde
Au ministère des Sports, la position est sans ambiguïté : puisque la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) a imposé le staff conduit par David Pagou lors de la CAN 2025, il lui revient d’en assurer la rémunération. Une lecture que la fédération récuse catégoriquement, estimant que Pagou dirige l’équipe nationale du Cameroun et non une sélection relevant exclusivement de sa responsabilité.
Au final, la CAN 2025 aura une fois de plus mis en lumière une situation pour le moins ubuesque : un sélectionneur officiellement écarté du banc mais toujours sous contrat, donc rémunéré et primé, et un staff pleinement opérationnel sur le terrain, mais dépourvu de cadre contractuel et de garanties salariales.
Une nouvelle illustration des dysfonctionnements persistants qui minent la gouvernance du football camerounais, où considérations sportives, politiques et administratives continuent de s’entrechoquer. Reste à espérer que ce nouvel imbroglio n’entravera pas la dynamique positive d’une sélection en reconstruction, qui a pourtant affiché de réelles promesses sous la direction de David Pagou lors de cette CAN 2025.




